FRONTIÈRES

LA GAZETTE
du 7e festival des cinémas différents de Paris
lundi 12 12 2005
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FRONTIÈRES
sur la séance d’Aryan Kaganof
Dans Western 4.33, l’horizon penche, les arbres poussent à l’envers. L’univers est de guingois. Dans le lieu où nous transporte Kaganof, l’harmonie du monde a été rompue. Vitres brisées, peinture écaillées : on croit découvrir un village à l’abandon. Il ne se passe rien dans ce paysage immobile et pourtant la musique, violente et aqueuse, est bien celle d’un drame. Puis apparaissent les premiers barbelés, en quantité croissante, en gros plan ou de loin, délimitant le terrain qui ressemble de plus en plus à une zone interdite et maudite. Kaganof filme à travers les trous du grillage, il colle à présent à une frontière conçue pour déchirer les corps. Des éléments troublants s’accumulent : une église baptiste surplombe une falaise acérée, des inscriptions allemandes, en lettres gothiques sur ces murs s’élevant au milieu d’un désert…Sur une photo d’archive qui constitue le dernier plan, l’on voit des hommes noirs squelettiques qui fixent l’objectif. Namibie, 1904-1907. Camp de concentration allemand. La frontière s’étend et se transforme. Frontière psychique évoluant vers une forme matérielle, elle demeure le centre d’une œuvre qui interroge sans cesse la capacité humaine à créer des espaces d’enfermements, pour soi ou pour les autres, en soi ou dans le monde.
Caroline Ferando-Durfort
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