«USELESSLY », le cinquième roman de Aryan Kaganof
Dionysos ANDRONIS

Editions Jacana , Johannesburg, 2006
Ce cinquième roman de Aryan Kaganof est le plus métaphorique de l’auteur mais son vocabulaire est le moins difficile. Il n’y a pas ici des phrases en afrikaans, comme dans le premier roman «Hectic / Agité », ni des termes techniques comme dans le roman précédent «Citizen Cohen » qui est une bonne parodie du milieu cinématographique à travers les vécus autobiographiques du cinéaste. Sur la couverture du premier recueil de poèmes de Kaganof «Drive thru funeral », publié en 2003, il y a la référence d’un roman «James Joyce Uselessly » qui devrait sortir en 2003 mais qui est sorti finalement en 2006 avec le titre allégé «Uselessly . En espérant qu’il sera vite traduit en français, je vais vous le présenter brièvement.
James Joyce Uselessly est le héros du roman, c’est à dire Kaganof lui-même. La temporalité est facile aussi, pas très enchevêtrée. Le point de départ se trouve deux ans après la mort du père biologique de l’héros, Harry Uselessly, qui souffre d’un cancer en phase terminale. Tout le roman qui suit est un retour en arrière sur les derniers mois de la vie de Harry. Son fils l’avait rencontré seulement une fois dans la passé mais cette fois est évoquée en mise en abîme surnaturelle avec, comme personnages, Nietzsche et Mishima, deux auteurs chers à Kaganof. Nous avons lu vraiment très vite le roman «Uselessly » parce que la fluidité de l’histoire est significative, comme la valeur symbolique des personnages. Les derniers mois de la vie de Harry Uselessly sont évoqués par le biais de plusieurs lettres écrites par son fils J.J. (James Joyce). Chaque lettre commence par la phrase «Dear God / Cher Dieu…Thank you for your reply / Merci pour ta réponse » et nous décrit les vécus récents du fils J.J. Lors de notre dernière rencontre parisienne du 6-2-7 avec Aryan Kaganof, nous lui avons posé cette question sur l’origine de ce commencement et il nous a donné la confirmation que ça vient de nos anciennes lettres. Nous commencions toujours ainsi et nous continuions avec nos nouvelles récentes.
Il ne faut pas vous raconter la fin entièrement mais nous allons vous raconter seulement la moitié. L’avant dernière page 189 contient un parallélisme étrange qui peut servir comme la clé du mystère de cette quête du père. Ce parallélisme peut se résumer ainsi : DEVIL – GOD – DAD. La rencontre avec le père inconnu a été une rencontre très significative qui résume toute l’esthétique ambiguë Kaganovienne, comme nous l’avons plusieurs fois remarqué à travers nos textes. Une esthétique de l’équivoque centrée sur les facettes trompeuses du Mauvais et du Bon. Kaganof est un véritable adepte de Kenneth Anger. Ce dernier avait imaginé poétiquement l’Ascension du Diable («Lucifer Rising » est le titre d’un ancien film à lui) par le biais de la personnalité de son père spirituel, le «sataniste » anglais Aleister Crowley, qui figure plusieurs fois dans ce KagaBlog.
La dernière page du roman « Uselessly » nous décrit à travers un poème la chute des Twin Towers à New York en 2001, après la mort du père Harry.
Dans ce dernier roman de Kaganof, les citations homophobes indirectes sont discrètes et correctes : « I’m sitting with my old pals Gordon’s and Schweppes when a truckload of lesbos pours in….Then the lesbian babble takes hold. » (op.cit.page 118) Nous vous invitons à lire aussi le poème «a PC poem (not) » (voir ma rubrique personnelle du KagaBlog), traduit en français par nous. Ses allusions sont similaires mais sa brièveté voulue et intentionnelle nous laisse supposer qu’il a des non-dits, comme dans tous les poèmes métaphoriques.
Les non-dits du roman de Kaganof concernent surtout la condition artistique à affronter des imprévus, à s’inspirer par ces derniers et à les envisager comme des tours du sort qui visent à nous familiariser avec l’inconnu (ici il s’agit du père biologique). C’est la quête de l’inconnu la véritable nature de la quête artistique !

Leave a Reply