«Tokyo Elegy » alias «Shabondama Elegy » (1999) de Ian Kerkhof

Avec ce long métrage de 1999, Ian Kerkhof rend hommage au cinéma underground de Richard Kern en utilisant des extraits de son film célèbre «Fingered ». Nous avons déjà traduit un article de Ben Morris sur ce film inclassable et hors normes de Kaganof, comme toute sa filmographie originale. Une relecture s’impose par nous puisque « Shabondama Elegy » a été projeté cette année au 1er Festival du Cinéma Pornographique qui s’est passé à Berlin en octobre 2006, organisé par Jurgen Bruning, ce dernier étant le producteur des trois derniers films de Bruce Labruce.
Mais d’abord nous aimerions citer un paragraphe de Richard Kern lui-même. Il parle de Ian Kerkhof quand ce dernier a eu sa première rétrospective américaine en 2000 au Yerba Buena Center for the Arts à San Francisco : « Ian Kerkhof est le maître du cinéma underground moderne et de la manipulation des spectateurs. Ses attaques visuelles faites avec précaution me choquent et me surprennent toujours aujourd’hui. Il nous offre la plus importante promesse cinématographique : le transfert vers un endroit étrange et magique» (ce texte de Richard Kern était sur la plaquette de la rétrospective en question ).
Un malfaiteur blanc échappe à la police japonaise en plein Tokyo pendant qu’un défilé de voitures nationalistes passe auprès. Il s appelle Jack (Thom Hoffman) et il fera la connaissance d’une jolie fille japonaise (Hoshino Mai) dans un bar de la capitale. Après leur scène de première rencontre et de viol, la fille accepte de jouer le rôle de la victime consentante et l’héberge chez elle. Ils s’adonnent tous les deux à une véritable performance sexuelle pendant trois jours. Le dernier jour Jack sent que l’étau se ferme autour de lui. La fille partira en secret et paiera des tueurs à gages (des yakusas en japonais) pour assassiner son invité. Quelques secondes avant sa mort, qu’elle a commandée, elle se met à crier devant le spectacle de son assassinat. Ce film a le même point de départ que le film «Fingered » qui revient en montage parallèle. La fin est seulement différente. Ce film de Kerkhof est-il misogyne ? Peut-être un petit peu mais pas totalement. Les rôles pourraient être changés entre les deux sexes sauf que la fiction ne serait pas si convaincante et solide. Ce n’est sûrement pas le produit d’un cinéaste misogyne, même si ça nous donne cette impression afin de garantir la dimension excitante du politiquement incorrect.
Cette dernière dimension dont Aryan Kaganof est le Maître Actuel, est encore plus évidente avec la chanson japonaise nationaliste entendue pendant le générique de la fin et pendant la scène de la fuite du héros. Nous allons essayer de vous donner une explication approximative de ce choix. Elle vise à authentifier le caractère underground de l’œuvre puisque la véritable culture underground est aujourd’hui marginalisée, comme le sont les partis d’extrême droite au Japon mais pas en Europe. Dans son dernier chef d’œuvre «SMS Sugar Man » Kaganof couvre cette culture underground d’un vernis commercial mais très en rapport avec son projet de transgression comme toujours.
Afin de vous prouver que nous sommes contre l’élitisme communautaire, nous allons vous citer ces mots de Ian Kerkhof tirés du catalogue de l’Étrange Festival 2002 où ce film a été projeté : «Shabondama Elegy m’a donné l’occasion de travailler au Japon avec une distribution issue du milieu du porno et sans aucune contrainte concernant le contenu du film. Je tenais à montrer la réalité d’une actrice travaillant dans ce milieu en opposition à l’utilisation «sensationnaliste » faite de sa présence. La plupart du temps je tournais ivre mort, le producteur me servant constamment du whisky – il pensait que je céderais tôt ou tard à ses avances sexuelles. Quoi qu’il en soit, j’ai gardé ma virginité anale et j’ai réussi à monter le film dans un état semi-comateux » (op.cit. , page 12).
Dionysos ANDRONIS

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