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October 3, 2007

Trois courts métrages de 2007


Au début de cette année Aryan Kaganof a réalisé plusieurs courts métrages importants et nous allons nous arrêter cette fois à trois nouveaux. “Composition Suprématiste numéro 36” est une perle qui pourrait bien se mélanger avec les performances SM de Ron Athey ou de Johan Thom, filmées par Kaganof. Mais dans ce film la vedette nue est le cinéaste lui-même et ceci ne peut passer inaperçu. C’est une poésie extrême, récitée et filmée, qui se degage de cette perle rare. C’est un film d’initiation sophistiquée et intellectuelle aux plaisirs sadomasochistes vus d’un angle strictement artistique. Kaganof nous avait confié que cette performance intitulée “Shooting Gallery” qui a eu lieu à Grahamstown et à Johannesburg était un peu pénible pour lui. Mais il a bien accepté de souffrir pendant plusieurs jours, afin de nous laisser ce document enregistré. Pendant qu’il est suspendu nu à l’aide d’une corde, Kaganof nous récite, la tête en bas, un poème de lui intitulé “Les funérailles”. Il commence ainsi : “J’ai assisté à mes funérailles / ils jouaient cette musique céleste” et il se termine ainsi :

Dis “c’est la vie” à tous les désésperés
Dis “bon voyage” à tous les jeunes mariés
Dis toujours “je t’aime” à la personne
à côté de qui tu te réveilles
Mais mon amour
Ne dis surtout jamais “toujours”
“Toujours” est un temps très court*

*In Aryan Kaganof “Drive thru funeral”, éditions Pine Slopes, 2003, Westhoven, SA, p.23.

Pendant que le poète attaché à l’envers récite ses vers, des images très violentes de guerre se projettent sur un écran géant entrecoupées par celles d’un bébé (le poète-performer lui-même). Comme une métaphore de la naiveté qui impose toutes les guerres menées à ce jour, ce film court de Kaganof nous livre le plus fort poème visuel pacifiste et allégorique de nos jours qui ferait aussi l’apologie des plaisirs charnels extrêmes, seulement si on les regarde d’une manière artistique-alternative.

Une deuxième performance enregistrée et montée par Kaganof est celle qui s’est deroulée en 2003 à Utrecht (aux Pays Bas) avec la pianiste Tomoko Mukaiyama, Kaganof et le plasticien Dick Tuinder. Tous les trois sont les vedettes d’une autre performance musicale, littéraire et plastique (au sens large combinant la peinture avec le happening). “Trio Mental” serait le titre d’une performance élargie (expanded) qui mélange la poésie occultiste et métaphysique de Kaganof (il s’agit cette fois de son poème “In the beginning” de son récueil “Abraxas – The prophet of nothing” éditions Pine Slopes, Westhoven, 2003, p.134) avec les décors et les peintures faussement “enfantines” de Tuinder, l’interprétation au piano par Mukaiyama d’une composition libre de Ramon Dos Santos (Dick Tuinder). Kaganof se livre à une interprétation hystérique de son hymne tandis que Tuinder surveille de près les éclairages sur son environnement plastique qui ferait de lui un expert conteur-fabuliste pour adultes.

Une troisième performace serait “Mechanicus” avec, comme vedettes, les mains de son ex épouse Tomoko Mukaiyama interprétant au piano une partition bruitiste en hommage à son mari défunt. L’écran est coupé en deux ou en trois ou en plusieurs parties plus tard, la composition devenant de plus en plus compliquée. En verité la musique reste répétitive mais une sensation de culmination se dégage de cette symphonie visuelle et acoustique qui se base principalement sur le brio et l’énergie intérieure de la pianiste Mukaiyama.

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