CLAUDIA LOVE FOREVER (2008) de Jérôme Marichy
Ce long métrage documentaire de Jérôme Marichy a fait sa première mondiale le 7 septembre dernier lors du 6e Festival du Grand Moiré, à Airvault près de Tours. Entre-temps le cinéaste a refait le montage et son film vient d’être commercialisé en DVD au début 2008. «Claudia Love Forever » est sur la vie d’une artiste - peintre transsexuelle française qui est né Claude en 1936. Aujourd’hui âgée de 72 ans, elle nous présente sa vie singulière. Ce film n’est pas un compte-rendu d’une vie pleine d’imprévus, mais plutôt une œuvre de transgression très forte sur le mythe de la «virilité » et du statut artistique.
Sur la jaquette du film nous pouvons lire : « L’histoire d’une femme qui fit la guerre d’Algérie dans son corps d’homme ». Tout en étant moi-même insoumis au service militaire de mon pays, j’ai regardé ce film avec une attention particulière.
La première séquence nous montre Claudia en train de parler devant la caméra du cinéaste Marichy. Il est né Claude Bonnin à la Villette et quand la deuxième guerre mondiale a commencé, sa famille part en exode à Moulins. Son salon est rempli de ses peintures naïves. Elle revient tout le temps en arrière, nous disant que son père travaillait aux abattoirs. Le tableau classique «Le bœuf écorché » (1655) de Rembrandt van Ryn s’ajoute en insert. C’est la preuve métaphorique que notre héros est quelqu’un de noble.
Il nous guide simultanément sur son jardin fleuri. C’est symbolique parce que ses paroles suivantes nous parlent d’une période heureuse. Il est devenu maçon pour l’amour d’un garçon et, peu de temps après, il est devenu danseur travesti, puis fait un essai dans le cabaret célèbre «Chez Madame Arthur » à Pigalle. Il avait à l’époque un ami qui jouait les rôles d’hommes et lui Claude les rôles de femmes.
La guerre d’Algérie a éclaté à la fin des années 50. Claude est appelé du contingent en 1956 pour combattre avec l’armée française. Les images changent et deviennent en noir et blanc. Les inserts des reportages de cette époque tragique changent le ton. Son ex amant tué lors de cette guerre, il l’apprend par le biais d’une lettre de sa mère. Il se souvient des attentats et il pleure du bilan des tueries. Un amant algérien passager n’a pas suffi à le consolider.
C’est à partir de 1970 qu’il commence les hormones. Les images redeviennent en couleurs. Une vie heureuse commence ? Se sentant comme une femme maintenant, elle commence à se prostituer au bois de Boulogne puis de Vincennes. Un nouveau calvaire commence, celui qui marque la fin de l’ère Pompidou. Mais heureusement les années récentes viennent. Une longue ellipse temporelle marque les années «folles » de prostitution. Aujourd’hui retirée à la campagne elle se livre à sa passion de toujours, la peinture.
Malgré le coté brut de ses peintures, une vitalité et un souffle de vie se dégagent de son art qui est inspiré surtout de formes féminines. Un portrait naïf d’Édith Piaf, qui existe en plusieurs variations, vient briser les normes esthétiques de l’art officiel des galeries parisiennes et des autres institutions académiques. Piaf est un simple exemple parmi d’autres de l’art officiel. L’art de Claudia est un commentaire fort sur le coté artificiel et «insuffisant » de l’art institutionnalisé des centres nationaux qui exposent uniquement les clichés de l’histoire de l’art moderne et contemporain.
Le cinéaste Marichy, un cinéaste très important du film alternatif, avec ce film fort nous présente son opinion très respectable et pertinente, malgré le fait qu’elle soit suggérée et pas prononcée pendant le commentaire verbal, que cet art brut ou naïf sera l’étape suivante de l’histoire de l’art, une étape qui marquera la fin des institutions académiques.
Dionysos ANDRONIS

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