kagablog

January 28, 2008

« La nouvelle QF »

Filed under: dionysos andronis, art, film — ABRAXAS @ 11:06 pm

Après une existence très animée pendant nos huit premières années (entre 1999 et 2007) notre groupe, formé par les anciens membres de Queer Factory, renouvelle ses activités culturelles et artistiques en 2008 avec un nouveau nom, une nouvelle énergie et un nouveau souffle. D’autres vidéastes, comme le rédacteur de ce texte, se sont joints aux anciens du groupe. Par rapport aux anciens, ce sont les mêmes qui ont présenté leur travail lors des manifestations culturelles et des festivals spécialisés dans le passé. Ce renouvellement est en rapport d’abord avec le besoin de modifier le nom de notre collectif. Des raisons étymologiques nous ont obligés et aussi d’autres raisons supplémentaires liées à la nouvelle problématique du mouvement queer, une problématique différente de celle du passé.

Le mouvement queer était très intellectuel à son départ, tel qu’il a été défini par Judith Butler ou Monique Wittig. La publication en français des textes théoriques de Marie-Hélène Bourcier au début de ce nouveau siècle, a ajouté une touche moderne revivifiante aux premières théories des années 70, une touche sociologique poétique. Mais la déformation de cette culture extraordinaire par les mauvaises séries télévisuelles (par exemple «Queer As Folk »), en contraste énorme avec les anciennes valeurs progressistes, a complètement renversé et détruit les acquis du passé. Ces sous-produits télévisuels ont littéralement «imposé » une très mauvaise image des homosexuels aux yeux du grand public, nous sommes devenus des caricatures «faciles », baignées dans la culture du fric et de la consommation. En nous basant sur une attitude et une mentalité de différence et de distanciation, nous voulons briser cette mauvaise image du «pédé nouveau riche » afin d’assurer une suite aux principes esthétiques du mouvement queer, une suite digne de ses prédécesseurs. Ce sera une suite poétique qui n’aura pas de noms à revendiquer mais de programmes artistiques communs, en rupture totale avec l’embourgeoisement social et culturel des homosexuels d’aujourd’hui. Sans tracer une ligne officielle de créativité sur nos concepts esthétiques nous voulons nommer cette initiative «le renouvellement » de notre groupe d’art vidéo ou plutôt «la nouvelle QF » (voir plus bas). Nous sommes tous des plasticiens – vidéastes, éloignés des normes industrielles de la télé grâce à notre volonté commune d’enrichir la culture queer française avec une touche de subversion et transgression radicale.

Notre nouveau nom n’a pas été défini lors de notre dernière assemblée. Il y avait plusieurs propositions intéressantes comme «queer freaks » (qui a les mêmes initiales que la queer factory), puisque nous sommes tous des «monstres » exclus de l’industrie du spectacle, ou «queer core », puisque nous sommes (ou nous voulons l’être) des vidéastes subversifs et radicaux. Mais finalement ce nouveau nom reste à définir et ceci serait une preuve que nous sommes des partisans d’une véritable expérimentation artistique. Cette expérimentation serait éloignée des théories universitaires du temps révolu, ce serait une expérimentation spontanée guidée par nos instincts profonds, pas par un «dogme » ou une «discipline » préexistante. Nous n’avons pas de filiations directes avec le cinéma «expérimental » et ses doctrines universitaires mais plutôt avec le cinéma alternatif tel qu’il a été formulé par les cinéastes actionnistes autrichiens dans les années 60 (Bruno Muel, Gunter Brus et Kurt Kren), par les cinéastes américains de transgression dans les années 80 (Nick Zedd et Richard Kern) ou les cinéastes nord-américains post-porn des années 90 (Maria Beatty et Bruce LaBruce).

Sur ce nouveau nom tant sollicité, moi personnellement je mettrai «la nouvelle QF ». Ainsi nous gardons une trace très en rapport avec notre passé (la Queer Factory) grâce aux initiales et aussi avec notre hommage indirect à la Factory warholienne qui restera pour toujours l’avant garde cinématographique la plus importante du siècle dernier. Comme Warhol avait dans les années 60 le surnom «le pape du cinéma gay» (un surnom ironique créé par de critiques conservateurs), nous avons voulu honorer sa «marginalité cinématographique» afin de montrer que nous avons maintenant introduit une nouvelle marginalité positive auprès des homosexuels et que nous avons aussi des ambitions à satisfaire afin de surpasser cette dernière. Nous voulons une nouvelle petite «industrie » (factory) contemporaine mais nous savons très bien que notre public ne sera pas composé d’homosexuels accros à la télé poubelle (du syndrome «Queer as Folk ») mais de gens queers cultivés et affranchis de toute fascination populiste, au sens artistique du terme. Nous jouons avec les ambiguïtés et les équivoques de la vie artistique ou politique d’aujourd’hui puisque ces deux vies sont à réinventer. Dans le film «Flag » (Drapeau) d’Hervé -Joseph Lebrun il y a tout le brio d’un artiste accompli qui sait très bien jouer avec les impressions plurielles et les jeux de signification (un principe purement dadaïste des années 20). On y voit au début le défilé parisien de la gay pride. Parmi les manifestants il y a le panneau des policiers français issus de l’association éponyme qui manifestent à ce défilé. Ils se mélangent aux autres groupes. Le but serait de tromper les spectateurs exigeants et de leur offrir une énigme. Ces policiers homosexuels ne sont pas du tout notre idéal puisque nous sommes contre tout ordre dans le domaine de l’art. Les spectateurs qui aiment les métaphores du contenu seront régalés par cette volonté d’aller au-delà des significations faciles, par cette volonté indirecte (donc poétique) mais évidente de déstabiliser l’ordre (dans ce film par le biais de la photo floue - artistique) avant de le renverser.

En dépassant l’esprit communautaire nous voulons assurer des nouvelles éditions DVD, comme avant, ou même créer notre propre chaîne télévisuelle électronique à nous. Ce serait un signe d’ouverture à des spectateurs exigeants tant déçus par la suppression des émissions correspondantes sur l’unique chaîne payante gay du PAF (paysage audiovisuel français). Ce serait l’inauguration d’une chaîne sans patrons radins animée par la volonté de montrer l’art vidéo essentiel. L’art vidéo est par définition une discipline de l’art contemporain mais pour nous il serait aussi une discipline qui ne serait pas réservée au public des galeries. Nous voulons lui offrir une deuxième jeunesse et une ouverture aux exclus de cet art contemporain institutionnalisé.

Avant de terminer, nous allons citer ces phrases éternelles de Nick Zedd issues du «manifeste du cinéma de transgression » et écrites pour la première fois en 1985:
« Nous vous proposons d’aller au-delà des limites du goût, de la morale et de toutes les autres valeurs traditionnelles qui mettent des obstacles aux esprits humains….Il y aura du sang, de la honte, du mal physique et de l’extase dont les mérites n’ont pas été encore imaginées….Cette action courageuse est une transgression. Nous vous proposons de pratiquer la transformation par le biais de la transgression » reprises dans «Deathtripping. The cinema of transgression » de Jack Sargeant, éditions Creation Books, Londres, 1995, p.77, traduites par nous.

Comme cet ouvrage ci-dessus a été réédité pour une troisième fois l’année dernière (en 2007) contenant le même manifeste, nous, vidéastes QF, avons aussi une ambition de longue durée afin de garantir le renouvellement filmique avec une thématique et esthétique queers plus contemporaines mais toujours en rapport avec la volonté commune de transgresser les normes cinématographiques afin d’avancer vers la nouveauté.

Pour la QF, Dionysos ANDRONIS

Janvier 2008

2 Responses to “« La nouvelle QF »”

  1. la nouvelle QF Says:

    Alain Burosse is the director of the FFGLP (festival des films gay et lasbiens de paris). He sent us today this comment about the article above :

    “Je m’enquerrais il y a 3 jours à Tours, au festival Desir desirs,de la réalité de la QF quej’ai accompagné episodiquement dans certaines expos et dans la pensée. J’ai eu laréponse par ton message. La voici donc toujours lucide et determinée, ce qui me réjouit (entre autre pour les personnes que j’y ai connues et appreciées)…..Je serai content de suivre les performances, de quelque dés/ordre que ce soit, de la nouvelle QF. Votre groupie, Alain Burosse

  2. “Kanbrik ou Le proscrit d’Allah” (2005), un film de Hervé-Joseph Lebrun par Dionysos Andronis « Hervé Joseph Lebrun Says:

    […] Hervé-Joseph Lebrun est un jeune cinéaste français. Il faisait partie de notre ancien groupe de cinéastes alternatifs (aujourd’hui disparu) « La Nouvelle QF » (voir notre kagablog du 28-01-08) et il a été plusieurs fois retenu à des festivals importants de ce genre cinématographique (voir notre kagablog du 01-11-07 sur le « 2e Porn Film Festival » de Berlin). Il est peut-être le meilleur cinéaste (puisqu’il filme surtout en 16mm) du film subversif en France aujourd’hui. Ce film aussi a été tourné en 16mm en 2005. […]

Leave a Reply