kagablog

March 3, 2009

« Kanbrik ou le proscrit d’Allah » (2005) un film de Hervé-Joseph LEBRUN

Filed under: dionysos andronis, film — ABRAXAS @ 2:52 pm

Hervé-Joseph Lebrun est un jeune cinéaste français. Il faisait partie de notre ancien groupe de cinéastes alternatifs (aujourd’hui disparu) « La Nouvelle QF » (voir notre kagablog du 28-01-08) et il a été plusieurs fois retenu à des festivals importants de ce genre cinématographique (voir notre kagablog du 01-11-07 sur le « 2e Porn Film Festival » de Berlin). Il est peut-être le meilleur cinéaste (puisqu’il filme surtout en 16mm) du film subversif en France aujourd’hui. Ce film aussi a été tourné en 16mm en 2005.

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« Kanbrik » signifie « Je t’aime » dans un dialecte arabe minoritaire. Un jeune homme pense à son amant assassiné par les autorités musulmanes dans un pays intégriste qui applique la charia contre les homosexuels et les lesbiennes. Un poème écrit par Lebrun lui-même est récité tout au long du film : «Maintenant tu es mort Hamman / et moi je suis seul, je suis traqué… » Le jeune protagoniste commence à courir dans le désert. Le soleil tape fort et la sueur commence à couler.

Il serait si injuste que ce beau jeune homme soit arrêté par des criminels intégristes.

« Je suis traqué… » disait le dernier verset « satanique », pour reprendre un terme qui plairait à Salman Rushdie et à tous les humanistes-combattants des religions. Le poème reprend : « Des hommes ont donné aux autres leur courage / pour sauver des hommes qui aiment des hommes / et des femmes qui aiment des femmes… ». Rushdie a fait un « coming out discret » avec son dernier roman « L’enchanteresse de Florence» l’année dernière et c’est intentionnellement que nous faisons maintenant le lien avec Lebrun, un grand créateur qui n’est pas musulman mais qui se sent si proche d’eux.

Ce poème est accompagné par la mélodie du muezzin qui sert ici de point de contradiction et d’anticipation pessimiste. Les paysages ensoleillés de ce pays indéfini sont désertiques, comme l’absence d’humanité connotée métaphoriquement. Un village est le point de départ de la fiction. Une vieille femme paysanne portant son foulard islamique reste muette en regardant le jeune évadé.

Pour revenir à nos origines, j’aimerais citer le dernier vers du poème de Lebrun : « Souviens-toi du secret, du secret des frères masculins. / Le buste d’Alexandre ». S’agit-il d’Alexandre le Grand qui avait conquis une grande partie des pays africains et asiatiques pendant l’Antiquité ? Il demeure un personnage adoré par les homosexuels parce qu’il a su très bien réconcilier le terme du « conquérant » avec le terme de la « civilisation ». Lebrun est un cinéaste activiste qui suggère le réveil des pays intégristes, et pour certains tiers-mondistes, qu’ils abolissent leurs lois inhumaines et criminelles et qu’ils reprennent l’ancien combat d’Alexandre le Grand de civiliser l’Orient. L’exemple de l’homosexualité serait un argument majeur parmi tant d’autres.

Un coup de fusil est entendu à la fin. Ce compte à rebours contre la mort est un sujet cher à Lebrun. Il faut voir son autre grand film « Possession » (voir notre article de 2007 cité ci-dessus) pour mettre ce même sujet dans un autre contexte, cette fois le contexte occidental et suicidaire sadomasochiste. Son diaporama sur Albrecht Becker, un des derniers survivants allemands homosexuels ayant survécu aux camps de concentration nazis, pourrait marier la thématique de « Kanbrik » avec une obsession personnelle du jeune cinéaste, une obsession marquée par l’Histoire ancienne et récente.

Hervé-Joseph Lebrun étant également plasticien, photographe et architecte, nous aimerions faire une référence au coté plastiquement parfait, plein de passions et de recherches formelles de ses films.

Écrit par Dionysos ANDRONIS, le 02 mars 09.

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