La stratégie de l’araignée + Prolégomènes pour une histoire du temps
Ces deux courts métrages réalisés en 2009 par Aryan Kaganof sont inspirés directement par l’univers musical du compositeur Michael Blake. Le premier commence avec les images d’une toile d’araignée et avec sa propriétaire en train de se balancer à l’intérieur. Les images qui suivent en parallèle sont très fraîches et palpitantes, en accord avec la partition de cette première composition « French suite » de Michael Blake. L’eau d’une rivière coule joyeusement comme la mélodie ininterrompue et douce, comme les jours d’une vie banale mais gracieuse. Par contre, les pierres et les cailloux immobiles au fond de la rivière connotent cette « immobilité» cachée qui est en contraste avec le flux de l’eau. Le film dure 7 minutes et son titre nous fait penser métaphoriquement à une nouvelle stratégie d’organisation des sociétés humaines. Un clochard nous confirme à la fin « j’aimerais bien partir d’ici ».
« Prolégomènes pour une histoire du temps» est la deuxième partie de ce diptyque. Le compositeur Blake cette fois a mis en musique le texte éponyme du philosophe Martin Heidegger (écrit en 1925) et il a utilisé une composition« dysnarrative », c’est-à-dire interrompue intentionnellement par l’interprétation de Jill Richards mais sans nuire à l’ « intrigue» musicale originale. La cohérence intérieure de cette composition est très claire. La référence au philosophe Martin Heidegger (qui avait adhéré au parti nazi en 1933) n’a aucune connotation négative puisque ce film est une métaphore de vie, comme le précédent. En montage parallèle nous voyons les morceaux de ciel, les clairières et les arbres qui entourent un cimetière de voitures perdu au centre d’une forêt. La caméra de Kaganof est encore une fois très palpitante de vie tandis qu’elle observe ce cimetière. Ainsi le contraste dramatique et émotionnel est mis en avant. Les carcasses des voitures abandonnées sont le signe d’une mort suggérée proche et d’une résurrection consécutive. Le film dure 10 minutes (comme la composition éponyme de Blake) et ces dix minutes sont la marque d’un chiffre rond et solide, comme les arbres de la forêt et comme l’imagination du duo Kaganof – Blake. L’image devient fragmentée à la fin pour mieux suggérer cette unité apparente - latente du diptyque. On y voit un carré de ciel ennuagé, entouré d’un cadre noir.
Écrit par Dionysos Andronis
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