«Le solipsiste » et «C’est quoi la métaphysique ?»
«The solipsist » est un des films les plus personnels de Ian Kerkhof. Il a été réalisé en 1991 et dure 7 minutes. C’est un court métrage subversif à interpréter librement et à imaginer encore plus librement ! C’est un film qui donne matière à penser et à recréer. C’est une vidéo de contre-culture improvisée et poétique– «organique », au sens où les organes du corps sont visés. Ainsi ces organes sont les générateurs d’une nouvelle forme de poésie. Les images de ce film court sont très fortes sur le plan émotionnel, pleines de symboles psychanalytiques d’un univers chargé, celui de son jeune auteur. Dix ans après, en 2001, Aryan Kaganof reprend quelques images de ce film pour nous offrir sa suite «What is metaphysics ? », une suite qui est loin d’être close. C’est une suite «tracée » par les obsessions poétiques et politiques de ses artistes de chevet qui ont été inspirés par le seppuku japonais, comme Yukio Mishima ou Masami Akita.
« Le solipsiste » est une bonne leçon de morale corporelle et sociale à la «sauce piquante » japonaise, peu connue en Europe. On y voit Ian Kerkhof en train de regarder calmement au début plusieurs moniteurs de télé qui sont placés l’un au-dessus de l’autre et qui passent des programmes variés : films X, reportages polémiques, etc. Ses yeux sont vite remplis d’étonnement et de questions pas faciles à formuler à travers ses lèvres fermées. Irrité par les images pornographiques et par la voix haineuse de la personne qui crie, il prend un couteau énorme et il finit par se taillader le pénis et les seins dans un bain de sang. Les images retravaillées de ce film «Solipsiste » sont remontées dix ans plus tard dans le nouveau «C’est quoi la métaphysique ?» avec comme accompagnement une musique de bruits composée par Kaganof lui-même. Pour essayer de donner une interprétation approximative de ces deux films, nous dirions que Kaganof balance entre deux courants d’activisme artistique : le seppuku japonais ,courant extrémiste, qui consiste à «attribuer au corps une dimension métaphysique et la possibilité de connaître le secret de la vie en ouvrant le corps » ( Henk Oosterling in SMS Sanctuary, le catalogue de l’exposition éponyme du Centraal Museum d’Utrecht, 2003, p.8) et deuxièmement l’activisme corporel autrichien qui consistait à faire des « actions se voulant une réponse violente et radicale à la répression morale, intellectuelle et artistique infligée par un gouvernement qui ne parvenait pas à rougir de son passé aux cotés de la Wehrmarcht » (dans le catalogue du 5e LUFF, Lausanne, p.15). Nous avons voulu faire allusion non seulement au gouvernement autrichien des années 60 mais également à tous les européens de nos jours qui sont tentés par la réanimation fasciste. Ainsi on arrive à interpréter d’une manière ambiguë les propositions de ce diptyque Kaganof, ambiguïté chère au Maître de cette forme d’expression. La première interprétation serait légèrement nationaliste, comme Mishima l’aurait préférée, et la deuxième un peu «anarchiste » comme le contexte de tout le cinéma alternatif moderne ou contemporain.
Kaganof nous présente son univers pervers et narcissique qui consiste à «démontrer la violence par laquelle les identités sont intérieurement médiatisées (inmediated). Ce que nous voyons n’est pas une vidéo d’art réalisé à l’intérieur d’un engagement politique mais un zapping - reflet (zapreflection) radical de l’esprit humain » (in Henk Oosterling, op.cit, p.9). L’auteur parvient à réaliser sa mutilation et son suicide (qui n’est pas montré mais suggéré) motivé par la vision quotidienne des téléviseurs et de leurs images insignifiantes, porteuses d’une frustration psychologique et pas seulement sexuelle. Son regard n’a pas pu rester stable devant ce flux télévisuel anti–artistique. Son zapping suicidaire suggéré a été effectué sans contrôle télé mais en architecture électronique, un décor semblable à celui des grandes entreprises.
Charles Manson pourrait être présent aussi dans ce diptyque, comme il l’a été dans deux autres films de l’auteur : « Dix monologues de la vie des tueurs en série » et «Composition suprématiste numéro 7 » où sa voix et ses écrits ont jalonné la créativité Kaganovienne. Dans ce diptyque et dans la plupart des films de Kaganof, Manson hante le comportement des personnages. La mise en scène les affranchit du côté prémédité des «crimes » afin d’organiser une performance d’art «criminel » sophistiqué. C’est un art qui n’est pas pratiqué par les vrais criminels mais par des gens libres et complètement affranchis des règles du polar télévisuel commercial. Un art essentiel loin des règles de la bonne morale chrétienne (ou autre) mais basé sur l’esprit révolutionnaire qui résonne aux échos de ses contraires. « En voyant les litres de sang, la chair maltraitée, les intestins coulants et en écoutant les discours machistes, frustrés et messianiques des tueurs en série, celui qui penserait que Aryan Kaganof est cinglé, il ne serait pas loin de la vérité » (Henk Oosterling, op.cit, p.8).
Dionysos ANDRONIS























































